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"envoyé spécial" durant la guerre

 
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The-Spy
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PostPosted: Mon 12 Aug - 12:17 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

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"Ils ont partagé la nourriture du soldat ; ils ont grimpé à cheval et traversé à gué, ils ont escaladé et piétiné, se fiant toujours à leurs crayons à mine et gardant leur papier au sec. (…) La ligne de front, l’assaut, la victoire : ils faisaient partie de tout cela, et leurs doigts fidèles, en décrivant ces scènes, nous ont aussi donné l’impression d’en faire partie." — Harper’s Weekly, 3 juin 1865.

Encombrés par les grands négatifs sur verre et les volumineux chariots transportant leur matériel, les photographes renommés du temps de la guerre de Sécession, comme Mathew Brady et Timothy O’ Sullivan, ne pouvaient pas se déplacer sur le terrain cahoteux de la guerre.

Pas plus qu’ils ne pouvaient prendre de clichés au milieu de la bataille, les obturateurs des appareils photographiques étant trop lents pour figer le mouvement avec netteté. C’est pourquoi les directeurs de publication engagèrent des illustrateurs, professionnels comme amateurs, pour réaliser des croquis des combats à l’attention des lecteurs américains et étrangers.

Intégrés aux troupes des deux camps, ces « artistes spéciaux » ou « envoyés spéciaux » furent les premiers correspondants de guerre artistes d’Amérique. Ces jeunes hommes (il n’y avait aucune femme) exerçaient des métiers variés – ils étaient soldats, ingénieurs, lithographes, graveurs, artistes peintres ou, pour certains, illustrateurs chevronnés. Tous cherchaient des revenus, de la nouveauté et de l’aventure.

Mais l’aventure était cruelle. Un envoyé spécial, James R. O’Neill, fut tué alors qu’il était prisonnier des Quantrill’s Raiders, une bande de hors-la-loi soutenant les confédérés. Frank Vizetelly faillit mourir à Fredericksburg, en Virginie, en décembre 1862 : « Une partie de la tête d’un Sud-Carolinien a été emportée par un obus, à moins de 4 m de moi. »
Alfred Waud, qui immortalisait les exploits des unionistes à l’été 1862, écrivit à un ami : « Aucune somme d’argent ne peut compenser les souffrances que nous avons endurées récemment. »


Waud, d’origine anglaise, et Theodore Davis furent les seuls envoyés spéciaux à couvrir toute la guerre, des premières salves, en avril 1861, à la chute de la Confédération, quatre ans plus tard. Davis décrira par la suite les qualités requises pour être dessinateur de guerre :
« Un mépris total pour la sécurité et le confort personnels ; la capacité d’un hibou à veiller toute la nuit et la vigilance d’un faucon en journée ; la faculté de se contenter de peu de nourriture ; une disposition à parcourir n’importe quel nombre de kilomètres à cheval pour un seul croquis qu’il faudra peut-être finir dans la nuit, à la seule lumière d’un feu de camp. »

Malgré le courage dont ces hommes faisaient preuve et les événements auxquels ils assistaient, leurs articles passaient inaperçus. D. H. Strother, né en Virginie mais partisan de l’Union, reçut pour mission de dessiner les cantonnements de l’armée confédérée aux abords de Washington.

Cela lui valut d’être arrêté pour espionnage. Idem pour Theodore Davis, parti dans les États du Sud, à l’été 1861, avec une préparation insuffisante. Alfred Waud fut mis aux arrêts par une compagnie de cavalerie de Virginie, mais relâché après qu’il eut dessiné un portrait de groupe.

Les « artistes spéciaux » travaillaient vite : ils repéraient l’angle d’une scène de guerre, ébauchaient la composition en quelques minutes avant de l’étoffer plus tard au camp. Ils mettaient un point d’honneur à interpréter la réalité aussi fidèlement que possible.
Ainsi, au printemps 1862, depuis le front de Virginie, le dessinateur Edwin Forbes écrivait : « [...] le respect des faits est, selon moi, la première chose à rechercher. »

Les croquis arrivaient du champ de bataille au bureau du directeur de la publication par coursier à cheval, par train ou par bateau. Un artiste « maison » recopiait ensuite les images sur des blocs de bois, puis les graveurs taillaient différentes parties du dessin.
Les plus expérimentés se chargeaient des personnages détaillés et des compositions complexes ; les apprentis, des éléments plus simples de l’arrière-plan.

Quand la gravure était terminée, on fabriquait un galvanotype, c’est-à-dire qu’on la copiait sur des plaques de métal en vue de l’impression. On pouvait également copier les gravures et les envoyer à des publications étrangères pour augmenter les recettes.
En général, il fallait de deux à trois semaines pour que le dessin original soit publié, mais ce délai pouvait se réduire à quelques jours pour les batailles ou les faits marquants.

Deux hebdomadaires illustrés, tous deux publiés à New York, dominaient le marché américain en 1861 : Frank Leslie’s Illustrated Newspaper et Harper’s Weekly.

Avant d’émigrer en Amérique, Henry Carter, journaliste anglais chevronné connu sous le nom de plume de Frank Leslie, avait dirigé le service des gravures de l’Illustrated London news, le premier et le plus prestigieux hebdomadaire illustré du monde

Leslie’s avait été lancé en 1855 et, même avant la guerre, se targuait de tirer régulièrement à plus de 100 000 exemplaires, les éditions spéciales pouvant se vendre trois fois plus. Le magazine se voulait strictement neutre.
Quelques mois après l’élection du président Lincoln, en novembre 1860, Leslie envoya William Waud, le frère cadet d’Alfred, à Charleston, pour décrire le mouvement sécessionniste naissant.

Lui aussi d’origine britannique, William pouvait revendiquer la neutralité et participer au souhait de son patron de « faire un journal qui sera tellement exempt d’opinions contestables ou d’avis partisans sur la politique intérieure qu’il pourra être diffusé dans toutes les parties de l’Union et être reçu dans chaque famille comme le fidèle interprète des faits tels qu’ils se déroulent ».

Les esquisses de William antérieures à l’attaque de Fort Sumter offrent un aperçu crépusculaire du Sud d’avant-guerre. Contrairement à Frank Leslie, Fletcher Harper – éditeur de Harper’s Weekly – soutenait activement le Parti républicain, le président Lincoln, les abolitionnistes et l’Union.

Ses opinions, ses reporters et son hebdomadaire, né en 1857, n’étaient franchement pas les bienvenus dans les États sécessionnistes. Au départ, Harper’s était plus littéraire que journalistique.

La guerre changea la donne. Dès le début de la deuxième année, Harper avait engagé les meilleurs artistes – dont Alfred Waud, Winslow Homer et Thomas Nast. Et il leur donnait les moyens. Les pages du magazine étaient remplies d’images de guerre fascinantes et convaincantes

Alfred Waud, le plus prolifique des envoyés spéciaux, réalisa des dessins mémorables de moments décisifs à Antietam et Gettysburg, où il fut le premier artiste à arriver sur place. Le 21 juillet 1861, à bord du chariot transportant le matériel photographique de son ami Mathew Brady, il se rendit sur le champ de bataille de Bull Run, où il prit les armes contre les confédérés.

Le lendemain, en rentrant au camp, il braqua son pistolet sur un soldat de l’Union qui voulait réquisitionner son cheval. Le général George Meade accédait souvent aux demandes de Waud de dessiner les défenses sudistes, lui accordant des autorisations spéciales. Waud entretenait des relations privilégiées avec un grand nombre d’officiers, mais il appréciait aussi la vie aux côtés de simples soldats.

À mesure que la guerre progressait, Edwin Forbes, de Leslie’s, se mit à représenter l’intimité de la vie au camp mieux que quiconque. L’artiste se concentrait souvent sur la dimension humaine et l’étude de portraits. Ses esquisses de soldats au repos, ou occupés à cuisiner, nettoyer, lire, se raser, faire du sport ou autre révèlent leur vie en communauté et leur humanité collective.

Né à Boston, dans le Massachusetts, Winslow Homer devint un artiste célèbre. Il réalisa certaines de ses peintures les plus connues à partir de ses croquis du front. Pendant la campagne Péninsulaire en Virginie – la première tentative d’assaut menée sur Richmond, à l’été 1862, par le général George B. McClellan –, Homer produisit un travail remarquable. Mais il supporta mal les restrictions de la vie militaire.

Thomas Nast, un collègue de Homer né en Bavière, devint le caricaturiste de presse le plus influent d’Amérique. Partisan de l’administration Lincoln et du Parti républicain, il diabolisait les sudistes et défendait l’émancipation.

En 1864, les illustrations des victoires de l’Union par les « artistes spéciaux », ainsi que les dessins acerbes de Nast, contribuèrent à soutenir l’effort de guerre et à faire réélire Lincoln. Les officiers supérieurs des deux camps apprirent à utiliser le savoir militaire des artistes, les envoyant en éclaireurs dessiner les fortifications ennemies et leur proposant d’autres missions.

Les artistes n’avaient plus de contrôle sur leurs œuvres dès lors que celles-ci quittaient le champ de bataille. Lors de la bataille de Fredericksburg, en décembre 1862, Arthur Lumley, un Irlandais qui travaillait pour le New-York Illustrated news, dessina les troupes de l’Union pillant la ville.

Outré, il nota au dos du dessin :
« Vendredi soir à Fredericksburg. Ce soir, la ville a été, dans le chaos le plus total, mise à sac par les troupes de l’Union = maisons incendiées, meubles éparpillés dans la rue = hommes pillant de toutes parts = un spectacle digne de la Révolution française et une discrace [sic] pour l’armée de l’Union. » Le magazine ne publia jamais l’image incendiaire.

Harper et Leslie contribuèrent tous les deux à façonner l’opinion publique, en censurant des images considérées comme trop négatives ou choquantes, ou en modifiant des dessins pour les rendre plus exaltants ou optimistes.
Par exemple, les éditeurs de Harper’s atténuèrent un dessin d’Alfred Waud représentant l’amputation sanglante d’une jambe dans un hôpital de campagne, à Antietam, pour ne pas heurter la sensibilité de certains lecteurs.

Des graveurs modifièrent une autre esquisse de Waud qui figurait des chevaux épuisés tirant des chariots d’artillerie : ils relevèrent la tête des animaux, donnèrent du mouvement à leur queue et leur firent soulever des mottes de terre afin de créer l’image dynamique d’un attelage se pressant pour apporter des munitions au front.

Cependant, en dépeignant les scènes avec autant de réalisme que possible, Waud, Lumley, Henri Lovie et les autres ébranlèrent un mythe : la guerre n’était pas une aventure romantique. À mesure que les citoyens s’habituèrent à la violence des images, la censure diminua.

Bien que la Confédération n’ait eu presque aucun magazine illustré attitré, des centaines de croquis furent réalisés par les envoyés spéciaux couvrant les champs de bataille du Sud. L’un des débouchés était l’Illustrated London news.

Avec l’élection de Lincoln, les Britanniques se prirent d’intérêt pour les affaires américaines. Quand la guerre débuta, les hommes politiques et du peuple débattirent sur l’opportunité de reconnaître la Confédération.

En mai 1861, l’Anglais Frank Vizetelly, dessinateur de guerre émérite, arriva en Amérique. Il venait de suivre la campagne de Giuseppe Garibaldi visant à libérer la péninsule Italienne de la domination autrichienne.

Les premières impressions de Vizetelly sur l’armée de l’Union étant favorables, il envoya à Londres des reportages reflétant la ferveur patriotique, le bon moral des troupes et la camaraderie des camps.

Mais tout changea le 21 juillet, lors de la bataille de Bull Run, véritable débâcle pour l’Union. Une semaine plus tard, Vizetelly fournit un dessin peu flatteur, intitulé La Débandade de Bull Run. Il l’accompagna d’une description brutale :
« À 5 h 30, les troupes fédérales battaient en retraite, poursuivies en plusieurs endroits par la cavalerie noire de Virginie. Retraite est un mot faible pour décrire cette honteuse déroute… Les soldats terrorisés jetaient leurs armes et leurs accoutrements, fuyant dans le plus grand désordre comme un troupeau de moutons affolés… Des blessés furent écrasés sous les roues des lourds chariots qui dévalaient la route à toute vitesse. Des calèches légères transportant des membres du Congrès furent renversées ou cassées dans l’horrible confusion de la panique"

Interdit sur les lignes unionistes à partir de ce jour, Vizetelly était pourtant décidé à gagner le front, à Richmond. L’été suivant, il se mit de lui-même au service de l’armée des États confédérés.

Il traversa le fleuve Potomac en dessous de Washington et rejoignit l’armée de Lee sur les rives de la Rapidan. Embrassant la cause des confédérés, il écrivit : « Entouré comme je le suis par les gens du Sud… j’affirme avec énergie que le Sud ne se laissera jamais asservir. »

Pour la première fois au cours de la guerre, la Confédération avait son propre « artiste spécial », même s’il travaillait pour un journal publié à Londres.

En mai 1866, un an après la fin des hostilités, Alfred Waud apporta une conclusion émouvante et symbolique à la guerre en représentant des soldats noirs rassemblés pour la démobilisation, à Little Rock, dans l’Arkansas. Tandis que les troupes se dispersaient et que les populations réapprenaient à vivre en paix, nombre d’« artistes spéciaux » se mirent à croquer la vie quotidienne des Américains.

En une génération, les photographes équipés d’appareils Kodak éclipsèrent les dessinateurs. Mais les artistes continuent, encore aujourd’hui, de se rendre au front – en Afghanistan, par exemple. L’armée ou les médias les envoient afin de donner une autre vision de la guerre, de saisir pour la postérité la vie intérieure du soldat pris dans un drame qui le dépasse.

Harry Katz
National Geographic
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The-Spy
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PostPosted: Mon 12 Aug - 12:21 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

Les dessins d'Alfred Waud répertoriés à la Library Of Congress : c'est ici
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mcshan
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PostPosted: Mon 12 Aug - 12:56 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

 Fort intéressant cet article.
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The-Spy
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PostPosted: Mon 12 Aug - 13:39 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

"...Alfred Waud fut mis aux arrêts par une compagnie de cavalerie de Virginie, mais relâché après qu’il eut dessiné un portrait de groupe."

j'ai trouvé ce dessin d'une compagnie de cavalerie de Virginie, signé Waud.

Rien ne dit qu'il s'agisse du dessin en question, mais des dessins d'unité confédérées, de cavalerie en particulier, et originaires de virginie plus précisément, notre ami n'en a pas fait 150 non plus.

Alors tous les fantasmes sont permis, non ?


The 1st Virginia Cavalry at a halt
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Fortyniner
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PostPosted: Thu 15 Aug - 16:19 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

Très bon article qui précise les conditions de travail des dessinateurs...
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"When you have to shoot, shoot ! Don't talk !"
"Tuco" (Eli Wallach) in the movie "The good, the bad and the ugly)...
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daddutt roger
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PostPosted: Thu 15 Aug - 19:59 (2013)    Post subject: "envoyé spécial" durant la guerre Reply with quote

le dessin d'Alfred R Waud a été repris comme ci-dessous dans un numéro du Harpers Weekly en Septembre 1862


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"I would rather be assassinated than see a single star removed from the American flag." Abraham Lincoln
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