Club Confédéré et Fédéral de France Forum Index

Club Confédéré et Fédéral de France
Le forum du CCFF sur la guerre de sécession ( Civil war ) : Histoire, reconstitution, films, BD, jeux, figurines ...

 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg

 
Post new topic   Reply to topic    Club Confédéré et Fédéral de France Forum Index -> HISTOIRE -> LES ARTICLES EN LIGNE
Previous topic :: Next topic  
Author Message
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Tue 1 Nov - 14:04 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

PublicitéSupprimer les publicités ?
Quand la fumée se dissipe…ou les mystères de l’artillerie révélés par Ph. Artuby

Introduction


Certains officiers de la guerre civile américaine ont parfois légué leurs mémoires à la postérité. Outre le récit de leurs aventures militaires, les soldats bleus ou gris y confessent volontiers leur inclination pour une certaine littérature historique : les campagnes militaires du premier empire et la description des batailles victorieuses ou malheureuses de Napoléon. Ce dernier, bien avant de devenir le stratège de renom que l’on connaît et l’empereur des Français, exerçait ses talents au sein de l’artillerie royale, puis dans les armées de la République. Victor Hugo écrira d’ailleurs à son sujet : « Il était officier d’artillerie et il s’en ressentait…Tous ses plans de bataille étaient faits pour le projectile. » Il faut se rendre à l’évidence : l’Artillerie pourrait aisément rivaliser avec l’Infanterie dans la course au titre de « reine des batailles », surtout à partir de la généralisation des canons au XIX ° siècle. L’ « arme savante » a en effet souvent pesé d’un poids décisif dans le résultat des batailles. Wagram, (la fameuse bataille des canons) ou Gettysburg - pour ne citer que deux engagements célèbres- en sont « l’écrasante » illustration…

Toutefois, force est de constater que les cinéastes qui se sont risqués « à engager » des canons en guise de figurants muets ou d’acteurs tonitruants pour leurs champs de bataille reconstitués, n’ont guère contribuer à clarifier les choses en matière d’artillerie. Derrière l’écran de ces représentations spectaculaires, quels furent l’importance, la place et l’utilisation des canons dans une bataille ? –difficile de répondre tant il est devenu malaisé de comprendre le rôle authentique et technique des bouches à feu, au plan strictement historique. A cet égard, les lecteurs du « Courrier » auront peut-être eu l’occasion d’admirer un jour des films comme « Waterloo » ou encore « Gettysburg ». Ces œuvres offrent certes le mérite d’être relativement fidèles à l’histoire : on y voit par exemple les terrifiantes ‘Grandes Batteries’ impériales ou confédérées rugir avec conviction et déployer toute leur mesure contre les lignes adverses. Mais ces scènes de guerre ne peuvent que susciter des interrogations légitimes chez le spectateur qui n’aurait pas « déserté » la salle de cinéma dans un mouvement réprobateur ou succombé au sommeil au beau milieu de la canonnade … En effet, cette ‘force de frappe’, pour impressionnante qu’elle soit, appartient très souvent et paradoxalement à l’arsenal des vaincus : on pilonne, on « travaille », on bombarde le centre ennemi…en vain ! Artillerie qui aboie…ne mordrait –elle pas ? -L’énigme reste entière : baignés dans un bruit assourdissant et une fumée opaque du plus bel effet, les champs de bataille hollywoodiens demeurent de grands champs …de mystère ! Fumée et explosions ont peut-être la vertu de masquer au spectateur une réalité par trop « mutilante » et horrible, mais elles finissent par occulter la réalité historique et technique du combat. Sur ce terreau fertile à l’imagination (plutôt qu’à l’observation), se développent les mythes (comme l’utilisation massive de l’arme blanche et de la charge à la baïonnette, par exemple) et les idées reçues, à la vie souvent tenace. Ainsi, en l’absence d’une vision claire du rôle réel de l’artillerie, l’échec de la charge de Pickett à Gettysburg pourrait demeurer énigmatique, comme frappé à jamais d’un point d’interrogation en lettres capitales…
Les quelques lignes qui suivent, ont pour objectif d’éclairer ces champs de tir, lieux envahis de pénombre et pourtant si souvent …balayés par les caméras. Alors, êtes–vous prêts ? Debout, canonniers, à vos pièces !



 

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !


Last edited by ccffpa on Sat 1 Jun - 18:51 (2013); edited 3 times in total
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Tue 1 Nov - 14:16 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

I/ L’artillerie « expérimentale » des premiers temps de la guerre civile : défiance et tâtonnements


Un peu d’histoire…

L’artillerie fut longtemps le parent pauvre de l’armée américaine. Les hommes appartenant à cette spécialité devaient se contenter des équipements et du matériel dépassés dont ne voulaient plus leurs camarades de l’infanterie. Dépourvue de commandement autonome, l’arme dite « savante » était rattachée aux services de la logistique. En campagne, elle se trouvait fractionnée en autant d’unités de soutien au sein des compagnies de combat et placée sous les ordres d’officiers souvent peu attirés par les mystères de la balistique…Ce n’est qu’après la guerre du Mexique dans les années 1850, que l’artillerie vit venir à elle des officiers de talent issus de West Point. Authentiques « mutants » des temps industriels, ils allaient forger une véritable doctrine, prélude à maintes désillusions mais également à des succès retentissants appelés à faire école…


Naissance d’une doctrine

A la veille de la guerre, en 1860, un officier du nom de Henry Jackson Hunt, vétéran de la guerre du Mexique remarqué par le secrétaire d’état à la guerre –un certain Jefferson Davis- publie un manuel intitulé : Instruction for Field Artillery. L’ouvrage, révolutionnaire pour l’époque, est cosigné de deux camarades de West Point, William Barry et William French. (Précisons que Hunt avaient été admis à West Point à l’âge de 16 ans).
Ayant rejoint le camp de l’Union, les auteurs -dont Hunt est la figure de proue- sont résolus à gagner les autorités fédérales à leur cause et à leurs idées. Pour ces précurseurs par exemple, l’efficacité d’une batterie devrait se mesurer proportionnellement à sa capacité à délivrer une certaine quantité de projectiles (en volume et en poids) en un point donné du champ de bataille. Par conséquent, la vocation de l’artillerie n’était certainement pas de prendre pour cible un groupe d’hommes isolés ou d’engager un duel à distance avec de lointaines batteries adverses, mais de détruire effectivement les positions de l’ennemi, de disloquer ses colonnes ou carrés d’infanterie, d’enfoncer ses lignes de défense, de briser net ses assauts et enfin de couvrir et appuyer les troupes amies engagées dans une offensive contre l’adversaire. En bref, la doctrine peut se résumer en trois principes :

- nécessité d’une concentration de la puissance de feu des pièces sur des objectifs précis et définis préalablement : adoption du principe de convergence des tirs.
- élaboration de plans de feu visant à une utilisation rationnelle de tirs combinés : feux croisés sur de mêmes objectifs, n’excluant pas la participation de l’infanterie ou d’autres armes. Possibilité de tirs en enfilade ou sur les flancs, par un bombardement envisagé sous des angles multiples.
- une artillerie dotée d’une grande mobilité et d’une manœuvrabilité optimale


H J Hunt


L’artillerie des premières années : conformisme au Nord, dynamisme au Sud


C’est une évidence : les deux premières années du conflit, la jeune Armée du Potomac de 200.0000 hommes jouit d’une avance manifeste sur l’armée confédérée : quantité et qualité des canons, volume des munitions disponibles… Pourtant, à l’exception notable de la bataille de Malvern Hill, l’armée fédérale ne tire (si j’ose dire) aucun avantage sensible de cette indéniable supériorité. A cela, plusieurs raisons : d’abord, la « doctrine Hunt » est largement ignorée quand elle n’est pas catégoriquement récusée ; ensuite une certaine ignorance, incompétence ou inexpérience règnent chez de nombreux officiers ou hommes de troupes « novices » ou « volontaires » (ce qui revient souvent au même) ; enfin l’armée yankee n’échappe pas à mille maux qui affectent souvent les organisations humaines et grèvent son efficacité opérationnelle. Il s’agit en l’espèce de syndromes bien connus prospérant volontiers dans certaines collectivités (et qui n’ont rien perdu de leur moderne acuité) : propension au conformisme, tendance à la routine, vite érigée en principe qui aboutissent à négliger les réalités les plus évidentes ou les plus manifestes ; rivalités et jalousies professionnelles entre les chefs et/ou les unités du même camp ; népotisme et favoritisme politique, au détriment d’une reconnaissance attendue de la valeur et du mérite des soldats courageux… Cette situation absurde se traduit (trop) souvent, dans le camp nordiste, par une utilisation aberrante du parc d’artillerie. Exemple ? -Au lieu de conjuguer leurs canons avec les autres armes, de les placer sur les reliefs, en situation de tir convergent, croisé, les officiers bleus, considérant les batteries comme autant d’unités classiques, ont tendance à les placer en première ligne, à la mode des siècles passés !
Non seulement cet usage limite considérablement le potentiel et l’intérêt des canons, mais les rend, de surcroît, très vulnérables aux attaques directes de l’infanterie sudiste. A cet égard, il n’est pas rare que les servants se trouvent placés en situation de corps à corps et que leurs batteries finissent par être subjuguées par l’ennemi en un élan irrésistible et décisif !

Bien souvent, les bouches à feu disponibles sont refusées à ceux qui les réclament : elles sont tout bonnement gardées « sous séquestre » par tel officier qui préfère les conserver au bénéfice exclusif de son unité, dans le secteur géographique restreint qu’il occupe, et qui, par ailleurs, a souvent une vision extrêmement limitée de la physionomie générale de la bataille en cours !

L’armée sudiste ne dispose pas vraiment à l’époque (1861-1862), d’une organisation radicalement supérieure, et n’applique pas d’avantage les principes de Hunt. La chaîne de commandement, complexe et peu rationnelle, ajoute au chaos qui règne en matière de discipline de feu sur les champs de bataille. Dans les premières années, l’évidence de la primauté croissante du feu sur le choc, n’a pas encore gagné tous les esprits des chefs militaires. A l’instruction, les recrues apprennent toujours à constituer la formation en carré face à d’hypothétiques charges de cavalerie (carrés qui d’ailleurs agiraient comme un véritable aimant pour les obus et projectiles de toutes sortes !). De même, l’infanterie, gênée il est vrai par le chargement des fusils par la bouche qui nécessite une station debout, s’obstine à évoluer en formation serrée…Dans ce contexte, l’artillerie, au potentiel considérable en terme de puissance de feu, restera-t-elle indéfiniment une simple force d ‘appoint ?

En186I et 1862, la Confédération bénéficie cependant des insuffisances de son adversaire et se démarque de ce denier par une plus grande célérité- et disons-le, habileté- dans le déplacement des pièces d’artillerie sur le théâtre des opérations. Cette excellente manoeuvrabilité est notamment obtenue par l’utilisation optimale de la traction hippomobile des pièces, en particulier les plus lourdes…Cependant, malgré les victoires initiales de la confédération, la situation reste précaire pour le Sud, car la réforme sinon inéluctable, du moins probable de l’artillerie, requiert des capacités logistiques et industrielles importantes, dont le poids pèse largement dans la balance en faveur de l’Union…


Bull Run 1861 : les rebelles neutralisent l’artillerie fédérale

(Un fantassin nordiste raconte) « Nos batteries se trouvaient en rase campagne, non loin de nous. Alors que nous observions pour voir ce qu’elles allaient faire, elles essuyèrent soudain une fusillade terrible. Les rebelles s’étaient approchés par surprise et presque tous les artilleurs furent blessés ou tués. Les canonniers gisaient avec leur refouloir, leur écouvillon et leur tire-feu encore à la main. Ces salves anéantirent en un instant l’effectif des batteries. »
(Le secrétaire de Lincoln apporte quelques éclaircissements sur la même phase de la bataille)
« …à peine Ricketts (1° batterie) avait-il pris position que ses canonniers et ses chevaux commencèrent à tomber sous les coups de fusil des tireurs d’élite….Les troupes rebelles, comprenant alors dans quelle position intenable se trouvaient les batteries fédérales furent tentées de sortir de leurs abris…Absorbé à diriger le tir, Griffin (2° batterie) fut subitement déconcerté en apercevant un régiment qui s’avançait audacieusement à découvert, sur sa droite… Instinctivement, il donna l’ordre de charger les canons avec de la mitraille et de les pointer sur les assaillants…Il hésita pourtant et se tourna vers un officier qui se trouvait près de lui : ‘Ce sont des Confédérés ? ‘, demanda-t-il fébrilement. – ‘Non’ répliqua l’officier, ‘je suis sûr que ce sont les troupes de soutien de votre batterie’ …Cette erreur s’avéra fatale… A cet instant précis, une salve de mitraille aurait anéanti l’ennemi, mais la situation était maintenant retournée. En un instant, la fusillade des Confédérés anéantit les batteries de Griffin et de Ricketts….Frappées de stupeur, les troupes fédérales de soutien tirèrent une fois, puis tournèrent le dos et prirent la fuite. »



capture de la batterie Rickett à Manassas

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Tue 1 Nov - 15:39 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

Antietam, Fredericksburg : l‘impuissance des canons milite en faveur de Hunt

Hunt participe à la bataille perdue de Bull Run. Son unité, la batterie « M », est la dernière à quitter le terrain en bon ordre et à gagner les faubourgs de Washington, encombrés par les fuyards….Notre maître canonnier se porte alors volontaire pour organiser la défense de la capitale en appliquant ses théories dans le placement stratégique des pièces autour de la cité menacée. Mais l’armée confédérée, épuisée, ne se lancera jamais à la conquête de la ville et l’artilleur de West Point n’aura jamais la possibilité de démontrer la pertinence de ses théories.

1862 et les débuts de l’année 1863 placent Hunt face à des expériences décisives qui certes renforcent ses convictions mais l’isolent irrémédiablement de ses supérieurs. A Antietam, le 17 septembre 1862, il est pourtant placé à la tête d’un total de 322 canons, organisés en 50 batteries. 285 pièces sont réellement engagées dans la bataille qui s’annonce… La veille, la première batterie à avoir rallié les positions fédérales a été placée par Hunt sur les hauteurs dominant la rivière Antietam, dont la couleur gris-bleu se teintera bientôt du sang des combattants …. Hunt observe avec admiration l’extrême mobilité des artilleurs sudistes qui utilisent au mieux bois, haies et accidents de terrain, pour ouvrir le feu sur les positions adverses, se dérober à une riposte massive de « leurs frères ennemis » et compenser ainsi leur infériorité numérique. De fait, Hunt demeure incapable de museler définitivement les canons de l’adversaire (qui compte près de 40 pièces de moins que l’armée fédérale et dont certaines sont réellement obsolètes) et de coordonner une concentration d’artillerie au point d’impact adéquat… Il faut dire « à sa décharge », qu’une partie des moyens lui échappent largement : dès l’origine de l’engagement et malgré l’énergie déployée, il ne parviendra jamais à garder l’étroit contrôle qu’il réclame sur son personnel et son matériel : régulièrement, il se trouve dépossédé d’une partie de ses pièces au profit de tel ou tel commandement d’infanterie, qui les réquisitionnent promptement, usant d’un ton comminatoire qui ne souffre aucune contestation.
Il constate en outre que nombre d’unités se battent « en enfants perdus », engageant des duels d’artillerie avec l’adversaire, négligeant par inexpérience le soutien des batteries disponibles, dans une absence générale de cohésion. Si au final, Shapsburg, comme l’appellent les Confédérés, marque un échec indéniable pour leur camp, Mc Clellan a bel et bien laissé passer l’occasion de détruire l’armée de Lee. Autant en emportent les eaux rougies de l’Antietam creek….


Après Antietam, Burnside remplace Mc Clellan, mais c’est une grande déception qui attend Hunt lorsqu’il apprend que l’artillerie de campagne reste sous la direction suprême et le contrôle effectif des commandants de division. Le pire reste à venir car un nouvel engagement massif se prépare…

Longstreet à ANTIETAM :

(Un régiment d’infanterie de la Caroline du Nord épaulé par 2 canons, défend seul une position, juste derrière une crête de colline, alors que cette position aurait due être tenue par plusieurs brigades. De plus, les hommes, commandés par le colonel Cooke, se trouvent à court de munitions.) « Comme je chevauchais le long de leur ligne, suivi de mon Etat-Major, j’aperçus deux canons de la batterie de Miller mais il n’y avait plus assez d’hommes pour les servir, les canonniers ayant été tués ou blessés. Je donnai l’ordre à mes officiers de servir les canons tandis que je tenais les chevaux. Il était évident que si les Fédéraux forçaient nos lignes en cet endroit, notre armée serait coupée en deux et probablement détruite…Chargeant nos deux canons de mitraille, nous en envoyâmes une volée en plein dans les rangs ennemis lorsqu’ils arrivèrent sur la crête. Nos deux canons semblaient envoyer leurs charges avec désespoir comme s’ils comprenaient que s’ils ne tenaient pas en échec les milliers de Fédéraux montant à l’assaut, la bataille serait perdue. Ainsi, nous leur fîmes une si chaude réception qu’ils se sauvèrent à toutes jambes derrière la crête…Sur ces entrefaites, le général Chilton, chef d’Etat-Major du général Lee, est venu me trouver et m’a demandé : Où sont donc les troupes dont vous disposez pour tenir cette position ? Montrant le régiment et les deux canons, je répondis : Les voilà, mais le régiment n’a plus une seule cartouche. Les yeux du général semblèrent sortir de leurs orbites et, piquant des deux, il s’en fut trouver le général Lee. »


l'artillerie Confédérée à Antietam

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Tue 1 Nov - 15:48 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

fredericksburg

Fin 1862, les soldats bleus, ayant d’abord franchi avec succès la rivière Rapahannock en trois endroits, atteignent alors sur l’autre rive la bourgade de Fredericksburg. Mais, au sortir de la ville, les attendent les troupes rebelles solidement retranchées sur les crêtes d’une zone de collines : Marye’s heights. Confrontés de longues heures à un véritable « mur de feu et de mitraille », les nordistes sont finalement mis en déroute, abandonnant sur le terrain des milliers de morts et de blessés. Faut-il entrer ici dans le détail d’une description particulièrement sordide ? – Nous nous contenterons de citer brièvement James M. Mc Pherson pour ne pas oublier l’hideuse réalité de la guerre « derrière l’écran de fumée des discussions entre stratèges ou celui du spectacle hollywoodien. » (La guerre de Sécession P. 626- Collection Bouquins – 1991) :
« Lorsque le crépuscule céda enfin la place à l’obscurité, l’armée de l’Union avait subi une de ses pires défaites. Près de treize mille fédéraux gisaient morts ou blessés…la plupart devant le mur de pierre situé au pied des hauteurs de Marye’s Heights…Ici, on voyait un corps sans tête, là un autre qui n’avait plus de jambes, un peu plus loin une tête et des jambes mais plus de tronc… »
L’objectif initial de Burnside était de marcher sur Richmond. Cet objectif ambitieux désigné avec une certaine publicité fut suivi d’une hécatombe finale qui fit l’effet d’une bombe à Washington. Le désastre provoqua l’effarement des stratèges et du grand public, tout en « dopant » au passage un parti de la paix devenu audacieux et de plus en plus …éloquent.

En l’occurrence, qu’aura été l’emploi de l’artillerie fédérale à Fredericksburg ? – Dans un premier temps en ce 13 décembre 1862, les nordistes ouvrirent un feu dantesque en déchaînant le tonnerre de leurs 323 canons. Comme à l’habitude, l’artillerie confédérée ne riposta… pas. Elle disposait en effet d’assez peu de pièces par rapport à leur adversaire ; pièces dont la portée était d’ailleurs souvent inférieure à celle des bouches à feu nordistes. De plus, les artilleurs gris suivaient la maxime en vigueur de Lee qui affirmait « qu’il fallait réserver les canons pour l’infanterie ».

Hunt se trouvait placé au commandement de la plupart des canons issus de la réserve générale, positionnés sur les rives élevées de la Rappanahock dominant Fredericksburg, mais son pouvoir sur les choses et les événements demeurait partiel : une nouvelle fois, il était privé d’un certain nombre de pièces de première ligne qui attendaient leur tour sagement derrière la crête, à la disposition directe des commandants de division. Le rôle de notre ingénieur fut dans un premier temps de couvrir le franchissement de la rivière par les fantassins qui s’efforçaient de prendre pied de l’autre côté, aux abords de ville vouée aux confédérés. Non seulement cette mission s’annonçait ardue, mais elle contrariait l’objectif général de la bataille. Dans l’esprit de Hunt, réserver l’emploi de l’artillerie à cette tâche exclusive pendant presque toute la bataille, relevait de l’erreur manifeste. En effet, cette décision revenait à refuser aux fantassins nordistes un précieux soutien d’artillerie. Les fédéraux montant à l’assaut des positions ennemies sans l’appui feu nécessaire et indispensable des canons allaient se heurter à un véritable rideau de mitraille constitué de pièces d’artillerie tirant à courte portée, autrement dit, dotées d’une puissance d’arrêt considérable ! Dans ce rapport de force défavorable en matière d’artillerie, l’armée nordiste de Fredericksbug partait avec un gros handicap. En l’occurrence, elle attaquait un ennemi retranché en hauteur, en empruntant de pentes douces, souriantes mais trompeuses, car situées précisément dans l’axe des canons confédérés. L’armée fédérale ne pouvait espérer réussir qu’en comptant sur ses effectifs pléthoriques et accessoirement…sur le facteur moral. Convaincu de cette réalité, Hunt eu la désagréable surprise de recevoir de Burnside l’ordre de conserver ses positions de départ (statiques). L’objectif était aussi clair que difficile à atteindre : neutraliser les fantomatiques tireurs d’élite sudistes, censés occuper les maisons de la cité comme autant de postes de tir. Il est vrai que ces maisons dominaient fâcheusement les rues que devraient forcément traverser les colonnes fédérales… C’est donc à tâtons que les canonniers de la réserve d’artillerie fédérale se mirent à labourer l’autre rive, cherchant désespérément des cibles « comestibles » à se mettre sous la dent : les sharpshooters (tireurs d’élite ou snipers) ennemis faisaient « le gros dos » et n’éprouvaient aucune difficulté à se dissimuler derrière les murs, toits et fenêtres des habitations. Pendant ce temps, la masse des troupes sudistes –cible rêvée- se tenait loin derrière Fredericksburg, hors de portée ou largement invisible…
En fait, l’essentiel des dommages causés par l’artillerie nordiste fut la destruction d’au moins un tiers de cette jolie petite bourgade. Après une suspension du bombardement pendant un quart d’heure, une reprise du tir fut commandée et dura cette fois pas moins de deux heures (!) supplémentaires… Si la trêve avait permis aux artilleurs de constater- une fois la fumée dissipée- l’état de ruine d’une partie des habitations, les Sudistes quant à eux, n’avaient marqué aucune pause. Les balles Minié* des snipers ennemis continuaient à bourdonner sinistrement aux oreilles des pontonniers et des troupes d’assaut nordistes. Si l’armée fédérale réussit finalement à franchir la rivière et à traverser la ville qui s’étendait de l’autre côté, le nombre de francs-tireurs sudistes effectivement neutralisés au cours de l’opération ne fut jamais évalué… Quoiqu’il en soit, les canons de la confédération, intacts sur leurs hauteurs, restaient en mesure d’épauler avec succès les rebelles barrant la route de Richmond aux 120 000 hommes de l’armée adverse. Mais Hunt et ses amis n’avaient pas dit leur dernier mot et, après Chancellorsville –autre déception-, Gettysburg allaient consacrer le triomphe de leurs idées….

* projectile de fusil de forme oblongue à culot évidé imprimant les rayures sur sa surface après qu’il a été poussé au fond du canon : poussée des gaz optimisée et précision accrue



-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Thu 3 Nov - 18:51 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

Mystère à Gettysburg : les enfants de la Virginie furent-ils livrés aux gueules des canons fédéraux ?



La place de l’artillerie dans la bataille

Les batteries engagées essayaient autant que possible de prendre position sur le revers d’une colline en dessous de la crête pour être protégés des tirs ennemis. Décevante en attaque face à des défenseurs bien retranchés ; limitée dans la couverture offensive des vagues d’assauts du fait des projectiles explosifs utilisés, munie de fusées à retardement rendant souvent très délicats les tirs d’appuis par-dessus les troupes amies. De même, la faible portée des pièces d’artillerie et la saturation du champ de vision par la poudre noire, ont souvent interdit dans les faits, à la fois un soutien efficace à distance de l’infanterie et les tirs stratégiques indirects que l’on connaîtra plus tard, dans d’autres guerres. En outre, il arrivait que l’artillerie à cheval « marque le pas » lorsque ses servants tendaient à s’approcher « sous le nez » des tirailleurs devant les premières lignes ennemies: ils se trouvaient alors à portée des fusils rayés, souffrant de la périlleuse proximité des tireurs d’élite, à l’affût de cibles de choix. En revanche, l’artillerie, avec ses tirs à mitraille ravageurs contre les masses d’infanterie hurlantes (Rebel Yell), se révéla globalement plus efficace dans la défensive, que dans une utilisation purement offensive. Elle était fréquemment utilisée pour combler les brèches comme le montre « l’épisode Mc Gilvery » le 2 juillet qui parvient à tenir en échec les assauts sudistes avec seulement 25 bouches à feu chargées à mitraille le long de Plum Run.

En principe, l’effectif des servants d’une pièce d’artillerie atteignait le chiffre théorique de neuf hommes. Mais, en pratique, dans le feu de l’action guerrière, les pertes étaient parfois importantes parmi les canonniers et il arrivait que les pièces restent parfois orphelines sur le champ de bataille. En effet, les salves de l’infanterie adverse (infanterie souvent assez proche des batteries à âme lisse tirant à courte portée), les projectiles des tireurs d’élite et/ou les « coups au but » issus des tirs de contrebatterie ennemis causaient souvent de tels ravages parmi les artilleurs que les officiers devaient rameuter en catastrophe, des hommes appartenant à d’autres armes.
Un taux de pertes atteignant 20% parmi les artilleurs n’était pas exceptionnel. Au troisième et dernier jour de la bataille de Gettyburg par exemple, on estime qu’au moins un artilleur sur 10 dans les deux camps avait été blessé ou tué !!

A vrai dire, l’artillerie n’absorbait que moins de 10% de l’effectif, alors que l’infanterie –le gros de la troupe- représentait 80 à 85% d’une armée en campagne. Toutefois, l’artillerie malgré ses effectifs réduits, représentait 50% de la puissance de feu d’une armée. Paradoxalement, puissance de feu ne rime pas forcément avec capacité de destruction puisque les pertes dues aux feux de l’artillerie pendant toute la durée de la guerre n’excèderont pas en moyenne 9 à 10%. Sur le champ de bataille, le troupier malchanceux fut en effet plus souvent victime d’un feu de mousqueterie que d’une autre arme. Quant à la blessure -mortelle ou non- par arme blanche, elle fut tout à fait marginale, ce qui renvoie la fameuse -et toutefois authentique- « charge à la baïonnette » au rang des anecdotes de l’histoire, épices littéraires bonnes à pimenter les récits de bataille…

Le deuxième jour de la bataille sans doute la plus célèbre de la guerre de Sécession, les forces confédérées ont échoué à prendre les ailes du dispositif défensif constitué par les hauteurs à proximité de Gettysburg : Round Top, Culp’s Hill. Les percées spectaculaires mais éphémères des fantassins gris dans certaines positions tenues par l’armée nordiste laissent à penser que le sort des armes fut près de basculer en faveur du Sud ce 2 juillet 1863. Pratiquant le fameux exercice ludico-scientifique du « What if ? » -peut-être pas aussi vain qu’il n’y paraît- les curieux et passionnés discuteront longtemps de la conjoncture de ce jour particulier où les Virginiens auraient pu subjuguer une extrémité du dispositif ennemi et y installer leur artillerie. Que se seraient-il passé alors si les canons sudistes avaient été en mesure de prendre en enfilade les lignes de défense ennemies ? Et si les pièces d’artillerie d’Alexander avaient correctement soutenu la charge de Pickett ? What if ?
A ces questions non dénuées d’intérêt, nous pouvons fournir d’ores et déjà un certain nombre de pistes que – je l’espère – un certain nombre de passionnés lecteurs emprunteront avec plaisir (et peut-être avec circonspection ?). Après avoir victorieusement repoussé les assauts sudistes sur Culp’s Hill, le Brigadier-Général Alpheus Williams alla inspecter sur le terrain les nombreux corps des confédérés tombés au champ d’honneur et constata le lien de causalité entre leur mort brutale et les effets de l’artillerie fédérale dont les pièces étaient implantées sur Baltimore Pike.

« Les positions idéales qu’occupaient nos batteries placées à bonne portée avaient constitué un avantage décisif », remarqua-t-il. « Les bois et retranchements qui avaient abrité les rebelles étaient parsemés des restes des nombreux projectiles vomis par nos canons. Les coups répétés des bouches à feu avaient fini par embraser les rangées d’arbres qui servaient de base de départ aux assauts de l’ennemi. Exposés aux feux croisés du pilonnage d’une artillerie omniprésente et des salves de mousqueterie de l’infanterie balayant le terrain en tous sens, les assaillants avaient été la proie d’une mitraille redoutable et leurs rangs s’étaient rapidement éclaircis. »
L’effectif de deux divisions oeuvrant deux jours entiers fut nécessaire pour inhumer tous les morts qui jonchaient le sol en couches superposées. Malgré cela, le travail n’était pas terminé quand les fossoyeurs reçurent l’ordre de quitter les lieux » Williams devait conclure en disant : « J’ai rarement vu autant de cadavres entassés dans un espace aussi restreint que ceux appartenant au fameux corps du défunt Stonewall Jackson devant Culp’s Hill »



-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Thu 3 Nov - 19:00 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

Il semble bien qu’à Gettysburg, un élément capital et inédit fut négligé par Lee et ses généraux: l’adoption des thèses de Hunt par l’Etat-major et la conversion de sa doctrine en un plan de défense pratique et cohérent. De fait, le groupe des « artilleurs » avait constitué depuis des années un groupe de pression visant à placer l’arme savante des batailles dans un chaîne de commandement sous l’autorité de chefs investis d’une réelle compétence technique et dont les effets pourraient être combinés avec d’autres armes selon les principes énoncés et précisés dans la doctrine d’emploi de l’artillerie américaine. Si grands que furent les mérites de Hunt, les succès engrangés à Gettysburg ne sont pas loin s’en faut le fruit du travail d’un seul homme. Les conceptions techniques et tactiques qu’il préconisait avaient pris forme lors d’innombrables discussions et correspondances épistolaires régulièrement entretenues avec des hommes experts en matière d’artillerie tels que : William Barry, William French, James Duncan, John Gibbon, Charles Griffin, John Reynolds, Thomas J. Jackson, Robert.O. Tyler, Charles Wainwright et tant d’autres encore qui devaient rester à la postérité sous le terme collégial « du groupe des artilleurs ». John Gibbon, considéré par les experts de la guerre civile américaine surtout comme un commandant d’infanterie et qui appartenait à la fameuse Iron Brigade, était notamment l’auteur de la bible des chefs de pièce intitulée : « The Artillerist’s Manual ». Les idées dont ces hommes étaient les promoteurs avaient mûries sous l’influence de l’instruction reçue à West Point mais aussi et surtout sous le soleil de la guerre du Mexique et les enseignements terribles issus des deux premières années de la guerre civile.

La charge de Pickett et son échec : le point de vue de l’artilleur….

Tard dans l’après-midi du 3 juillet 1863, le capitaine John Burton de la 11° batterie indépendante de New York alla s’installer sur la colline du cimetière, à vue du fameux Copse of trees, contemplant les corps des soldats confédérés qui jonchaient le sol jusqu’aux abords de Seminary Ridge. « Je parcourus une courte distance à droite de nos batteries pour scruter le terrain », expliquera-t-il. « Il n’était pas un pouce de terre s’étendant devant nos positions qui n’accueillît son lot de morts ou de blessés »
En ce jour estival du mois de juillet 63, tous les participants de la bataille furent frappés par la redoutable efficacité destructrice de l’artillerie fédérale. Désormais, la puissance de l’artillerie s’imposait à tous les observateurs, et les monceaux de victimes qui gisaient devant les canons en étaient les témoins muets.


Que s’était-il passé ?

Dans le camp sudiste :

A Gettysburg, l’artillerie sudiste, utilisée contre des positions ennemies relativement peu profondes et engagées de face, n’eut jamais l’efficacité escomptée La veille, le deux juillet, les canons sudistes ne sont pas davantage parvenus à neutraliser les pièces de l’Union défendant le verger de pêchers contre l’offensive de Hood. Le matin du 3 juillet, les maigres positions de Culps’Hil ont été reconquises par les Bleus.

A l’opposé, les pièces de l’Union furent souvent employée en position défensive, à l’endroit et au moment où elles développaient la puissance de feu la plus meurtrière : à courte portée et à mitraille contre l’infanterie rebelle.


Sur un plan théorique :

A la différence du Nord, l’artillerie sudiste n’a pas connu de réforme de doctrine. La chaîne de commandement demeure complexe et les effectifs restent inférieurs à ceux de leurs adversaires. A Gettysburg, le volume des pièces d’artillerie disponibles se répartit de la façon suivante : SUD : 69 batteries de 4 à 6 pièces soient 272 à 281 canons ; NORD : 65 batteries de 6 pièces pour un parc estimé à environ 362-374 canons. Tous ces facteurs grèvent son efficacité et la concentration de la puissance de feu qu’elle peut déployer en un lieu et un moment précis. Les historiens n’auront de cesse de souligner qu’on refusa 82 pièces d’artillerie à Alexander alors qu’il devait organiser la plus grande préparation d’artillerie de la guerre ! Néanmoins, le plan de Lee permit d’aligner face au point désigné pour l’assaut final, quelques 150 canons dont les aboiements ajoutés à ceux de leurs interlocuteurs de l’artillerie nordiste, s’entendront jusqu’à Pittsburgh, à 100 Km de là !!

Deux paramètres capitaux font défaut à Lee qui n’a pas –nous semble-t-il – la capacité d’évaluer correctement ses propres forces et donc ses chances de l’emporter dans ce dernier effort. Le premier paraît être le renseignement : deux piliers des trois des objectifs qui fondent le plan général et nourrissent les espoirs du stratège sont en train s’effondrer. En effet, la droite des positions unionistes, -Culps’Hill notamment - restera sous contrôle fédéral, interdisant définitivement tout tir en enfilade de l’artillerie confédérée confinée sur Benner’s Hill et la cavalerie de Stuart, épuisée et surclassée, ne parviendra jamais à prendre l’ennemi à revers. En outre, le gentleman virginien se leurre –comme le montreront les faits -sur deux points essentiels : la capacité de riposte et la puissance de feu de l’artillerie adverse et les capacités réelles de son artillerie en termes, tant de capacité logistique, que de mobilité offensive et d’aptitude à effectuer des tirs efficaces de contre batterie. Le renseignement fait défaut également pour ce qui concerne la localisation de certaines positions ennemies comme le démontrera durant la bataille un exemple parmi tant d’autres : la découverte par Lee lui-même de l’efficacité des tirs de 19 canons situés sur Cemetery Hill et la désignation de cet objectif à ses propres artilleurs. Autre paramètre peu ou pas pris en compte : à droite de l’attaque d’infanterie programmée par les stratèges confédérés, sur Little Round Top précisément, se trouvaient les redoutables batteries de canons rayés de Rittenhouse, capables de labourer le terrain devant Seminary Ridge, sans compter les 55 canons d’Osborn sur Cemetery Ridge et l’énergique soutien de Mc Gilvery qui s’était illustré la veille en tenant seul une portion du front avec 25 canons bourrés de mitraille jusqu’à la gueule …. Notons enfin l’erreur qui concerne l’évaluation de l’infanterie ennemie : la présence de 2000 hommes supplémentaires venant renforcer la défense assurée par les 5000 que Lee pense avoir « seulement » en face de lui. En matière d’effectif, le calcul du rapport de force, estimé initialement à près de 3 contre 1 en faveur des Sudistes, devrait être effectivement ramené à moins de 2 contre 1 pour être correct.


E.P. Alexander, le colonel confédéré chargé de l’artillerie qui dirigea le bombardement de deux heures précédant la charge de Pickett

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Thu 3 Nov - 19:04 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

Le deuxième paramètre est celui du temps, et, en l’occurrence, on ne peut pas ne pas penser à la célèbre phrase de Napoléon : « La stratégie est l’art de gérer le temps et l’espace. Je suis moins avare de ce dernier que du précédent : le terrain perdu peut être regagné, mais une heure faisant défaut ne se rattrape jamais. ». A Waterloo dit-on, Napoléon, avait retardé le déclenchement de la bataille. Extrêmement confiant dans la puissance de son artillerie, il aurait souhaité laisser au terrain détrempé par la pluie –donc peu favorable au ricochet des boulets de sa Grande Batterie- le temps de sécher un peu… Contredisant sa doctrine, il avait sans doute gaspillé un temps précieux : les minutes nécessaires et fatales qui lui manquèrent pour conclure victorieusement en fin de journée. A Gettysburg, Lee ne semble pas pressé d’en finir. Il faut dire que la veille, le 2 juillet à 18h00, la division Pickett était encore à quatre heures de route du champ de bataille ! Tandis que Meade renforçait peu à peu son centre affaibli par les attaques rebelles sur ses ailes, la préparation d’artillerie confédérée contre le supposé « ventre mou » de l’ennemi ne débuta selon les ordres qu’à 13h07 le 3 juillet 1863, et la charge d’infanterie ne prit son départ vers les positions adverses qu’aux alentours de 15h00 !

Alors ? Balles minié et canons rayés renvoyaient-ils le plan de Lee aux anachronismes de l’Histoire militaire ? On ne pouvait, en 1863, défendre cette thèse avec toute la pertinence qu’elle revêt aujourd’hui. A l’époque en effet, tout le monde avait encore à l’esprit le succès de Napoléon III quatre ans plus tôt, en 1859, à Solférino, bataille certes sanglante où l’armée française avait enfoncé le centre autrichien par une attaque frontale, après un bombardement massif…
Plus tard, les chercheurs et étudiants de la Guerre Civile américaine établiront que, pendant toute la durée du conflit appelé en Europe « Guerre de Sécession », 80 à 90% des assauts frontaux opposant l’infanterie à des lignes de feu suffisamment étoffées s’étaient soldés par autant d’échecs sanglants pour l’assaillant ; données statistiques que Lee n’avaient naturellement pas alors à sa disposition…



Sur un plan technique :

Généralement, dans l’analyse d’une scène de bataille, on prend en compte le facteur balistique positif ou négatif que représente la concentration du feu des pièces d’artillerie. Ainsi, à Gettysburg, l’artillerie sudiste est-elle supposée avoir l’avantage de tirs offensifs convergents, tandis que l’adversaire réduit à la défensive, est condamné à développer des tirs divergents sur une ligne adverse de forme convexe. Sans être fausse, cette analyse est bien plus pertinente pour les tirs à longue portée des batteries contemporaines (les 155 vietnamiens de la bataille de Dien-Bien-Phu en 1954 par exemple) que pour les combats rapprochés de la Sécession. En revanche, un autre facteur plus déterminant pour l’artillerie d’un camp est la possibilité de prendre en enfilade les positions ennemies. En l’occurrence, les canons mobiles ou à longue portée des nordistes semblaient bénéficier de la majeure partie de tous ces avantages…

En essayant de limiter notre réflexion « au point de vue de l’artilleur », tentons à présent d’examiner les paramètres de l’offensive confédérée :



-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Wed 9 Nov - 19:24 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

a) La préparation d’artillerie :

En tout état de cause, elle ne fut pas ce que certains historiens appellent un échec cinglant (au moins sur un plan strictement tactique) et les « techniciens » du Sud n’eurent pas à rougir de la confrontation avec les « ingénieurs » du Nord. Certes, ils ne tuèrent pas beaucoup de soldats ennemis de la première ligne d’infanterie, terrés derrière les plis du terrain ou encore dans les tranchées qu’ils avaient eu le temps de creuser. En ce sens, les instructions générales du commandant en chef de l’artillerie William Nelson Pendelton ne collaient pas aux possibilités réelles de ses troupes : « déclencher un tir destructeur et massif apte à déloger l’ennemi hors de ses retranchements ». Toutefois, les sudistes provoquèrent l’explosion d’un certain nombre de caissons d’artillerie. Ils détruisirent le quartier Général de Meade, blessèrent son chef d’Etat Major et massacrèrent plusieurs dizaines de chevaux et un certain nombre de fuyards qui tentaient d’échapper à la bataille en courant vers l’arrière. Le Lieutenant- Colonel Alexander avait quant à lui précisé « que son objectif était surtout de neutraliser les canons ennemis ». Reconnaissons que cet objectif fut partiellement atteint, dans la mesure des capacités techniques et des données géographiques dont disposait l’artillerie confédérée. En fait, c’est un bon tiers des 111 canons - 34 exactement- postés le long de Cemetery Ridge qui seront mis définitivement hors d’état de tirer un seul boulet contre l’attaque d’infanterie annoncée ! 12 sont définitivement détruits par l’artillerie d’Alexander, 2 explosent après avoir tirés douze ou treize salves, enfin, 20 sont retirés par leurs servants pour être placés hors de portée des batteries ennemies. Déversant un déluge de feu, les pièces sudistes projetaient des projectiles de 24, 20,12 et 10 livres, constitués d’obus pleins ou creux, sphériques ou coniques, s’acharnant sur les six batteries du centre. Pendant ce temps, suivant les instructions formelles de Hunt (ordres menaçant toutefois de provoquer, à terme, la démoralisation des artilleurs), les nordistes limitaient les départs de coup à environ un par minute tandis que les batteries de Mc Gilvery gardaient le silence en rongeant leur frein...


.b) Les tirs de Contrebatterie :


Chez les Confédérés, très peu de canonniers étaient vraiment compétents dans les tirs à longue distance. En effet, 70% des tirs effectués par les artilleurs du Sud pendant toute la durée de la guerre ont été effectués contre des cibles placées à moins de 800 mètres. En pratique, 51% des coups de canons ont consisté à tirer à mitraille (canister) contre des cibles distantes de 400 mètres ou moins, tandis que 19% des tirs seulement visaient des objectifs situés entre 400 et 800 mètres. Notons qu’à cette distance « extrême » on distingue encore la silhouette de l’ennemi et la couleur de l’uniforme qu’il porte, au-delà de cette limite, l’imagination ou l’intuition doivent prendre le relais… « Museler » définitivement une batterie ennemie à « longue » distance relevait par conséquent du jet de dé aléatoire : comme ce qui se produira à Gettysburg, sur Cemetery Hill notamment, les canons ennemis supposés « neutralisés » pouvaient recevoir l’ordre « de se taire volontairement » (comme Hunt le préconisait), quitte à reprendre du service un peu plus tard, avec plus de précision, ou depuis une position géographique améliorée…

Hormis le manque de visibilité, l’artillerie sudiste souffrait en cette occasion d’un manque de pièces à canons rayés -donc de précision à longue portée -ainsi que d’un nombre d’obus explosifs suffisamment fiables. A cause du manque d’expérience, de la mauvaise qualité et/ou du réglage défaillant des fusées d’allumage à retardement, on estime que seulement 20% des obus explosifs tirés par l’artillerie sudiste remplirent correctement leur office. Alexander prétendra même – y avait-il avis plus autorisé ? - que seul 1 obus sur 15 explosèrent réellement sur leur cible à Gettysburg, soit 7,5% des projectiles ! Autre facteur : du fait de manque de munitions et du prolongement du bombardement (plus de 2 heures), les artilleurs d’Alexander ne pouvaient utiliser « la méthode des essais et des erreurs » -empirique mais efficace- en utilisant un certain nombre de projectiles afin d’ajuster leur tir sur des points précis. La qualité des tirs sudistes alla décroissante, ne cessant de se dégrader au fil des minutes. La précision des artilleurs sudistes se révéla inversement proportionnelle au nombre de salves tirées : de plus en plus de projectiles étaient envoyés trop hauts, passant par-dessus les premières lignes adverses et touchant essentiellement les arrières du dispositif ennemi. Ce phénomène a été en partie expliqué par deux facteurs : l’effet sur la hausse de tir du recul répété des pièces qui finirent par creuser de profonds sillons dans un sol trop meuble ; le manque de visibilité du champ de tir, saturé par une fumée dense issue de la combustion de la poudre noire.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Wed 9 Nov - 19:29 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

c) Le soutien offensif :

Manque de visibilité, mauvaise qualité des fusées à retardement : le fameux barrage roulant d’artillerie de la guerre de 14-18, tiré par-dessus l’infanterie en attaque était encore peu utilisé pendant la guerre de Sécession et les fantassins gris redoutaient d’ailleurs cette éventualité. Restaient les tirs de « solid-shot » ou boulets pleins qui, naturellement, n’avaient pas le même effet dans les rangs ennemis, surtout en arrivant selon un angle plus vertical (de haut en bas) qu’horizontal, avec un « effet rebond » forcément limité.
Le plan de Lee prévoyait effectivement l’appui d’une batterie d’howitzer appuyant l’attaque. Alexander chercha en vain les 9 pièces promises : elles avaient été retirées vers l’arrière pour échapper au feu destructeur des tirs de contrebatterie de l’ennemi, dont l’efficacité avant l’attaque devenait redoutable. Les troupes attendant l’assaut et la fin de la préparation d’artillerie ne furent pas épargnées par la précision des tirs de l’armée fédérale. A cet égard, on estime à près de 500 le nombre d’hommes de Lee qui furent effectivement mis hors de combat, tant par l’artillerie adverse que par les tireurs d’élite. Ils avaient été peu judicieusement placés derrière la rangée formée par les batteries, dans la ligne de mire de leurs adversaires disposant en la matière d’excellents points de repères.


Dans le camp nordiste :

Sur un plan théorique

Pour certains écrivains américains, les effets décisifs obtenus par de l’artillerie nordiste, notamment le 3 juillet 1863, ne sauraient être attribués à la chance ou au hasard. Ces résultats représentent au contraire l’aboutissement des études et recherches menées pendant plus de deux décennies par un certain nombre d’officiers -‘le groupe des artilleurs ‘- et leurs efforts pour faire prévaloir leurs thèses. C’est à Meade que revient le mérite insigne d’avoir, le tout premier, compris et adopté leur doctrine, incluant désormais l’artillerie dans une stratégie globale en combinaison avec les autres armes dans une conception moderne. De fait, Meade fut véritablement le seul chef de l’armée du Potomac à nouer avec Hunt une relation empreinte de confiance mutuelle, dans une collaboration de travail étroite et durable. En ce sens, Gettysburg, marque une nette transition. L’ « ancienne » armée américaine, composée de fantassins et d’artilleurs, divisés en armes rivales et peu coordonnées, cédait enfin la place à une armée de conception résolument moderne qui atteignait une dimension stratégique : désormais l’entraînement et la cohésion entre les différentes armes étaient la règle, dans l’obéissance aux principes fixés par un plan de bataille bien précis.

Sur un plan technique :

Le Général Meade chef de l’armée du Potomac et le commandant en chef de l’artillerie Jackson Hunt avaient misé sur une artillerie mobile placée sur des reliefs farouchement défendus et gardés sous contrôle fédéral, capable par sa disposition de focaliser et d’effectuer des feux croisés à distance sur des cibles identifiées et sous des angles différents. Pendant la bataille (voir ci-dessus), Hunt se heurtera à Hancock, insistant pour limiter la cadence des tirs au profit d’une meilleure précision et par souci d’économie des munitions.

D’après certains historiens, la ligne de défense choisie par les Confédérés le 3 juillet était la plus solide jamais édifiée depuis le début de la guerre. Le Major-General Alpheus Williams déjà cité parle d’une formation triangulaire « en trident » constituée par les batteries placées sur les hauteurs encadrant Cemetery Ridge : Little Round Top et surtout Cemetery Hill. En tout, plus de 80 pièces d’artillerie auraient la capacité d’ ouvrir le feu pendant la charge de Pickett : elles étaient placées selon les principes déjà évoqués, sur des points hauts offrant une large zone de tir libre permettant d’atteindre l’infanterie sudiste tant de face, que sur ses flancs. On objectera certes que tous les canons n’avaient pas la même portée ni même la portée suffisante pour atteindre toujours et partout les lignes de l’armée rebelle. Quoiqu’il en soit, à mesure que les vagues d’assaut se rapprochaient, l’inconvénient de la distance diminuait d’autant. Rappelons tout de même qu’à Gettysburg, 41% des canons nordistes de Meade étaient des Ordnance de 3 pouces à canons rayés soit 146 pièces au total pour les 3 jours de la bataille. De plus, les ondulations du terrain de la charge de Pickett, le « brouillard de bataille » et la différence de dénivellation entre les deux camps jouaient en faveur d’une meilleure visibilité pour le Nord.

Du propre aveu des artilleurs fédéraux, le flanc gauche des divisions grises montant à l’assaut offrit souvent « une cible magnifique aux boulets pleins, qui bouleversaient leurs rangs » tandis que l’avant des lignes confédérées étaient régalées par autant d’obus à effet explosif…. Le pire allait survenir quand les pièces de l’artillerie fédérale ouvriraient le feu à hausse zéro et à mitraille, décimant le proche et maigre reliquat des baïonnettes ayant composé l’effectif de la charge initiale… On a calculé que l’infanterie rebelle mis plus de 8 minutes pour parcourir la distance séparant leur base de départ des barrières d’Emmitsburg Road, encaissant – lorsqu’ils furent à « bonne» distance- pas moins de 14 volées de « canister » ! La messe était dite…Hunt estima plus tard « que si ses ordres avaient été scrupuleusement exécutés, pas un seul rebelle n’aurait atteint le mur… » La légendaire Brigade Stonewall, déjà éreintée sur Culp’s Hill, disparut à jamais du champ de bataille et… de l’Histoire, quand 200 parmi ses derniers vétérans tombèrent devant « Bloody Angle », fauchés à mort ou capturés par l’ennemi….

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
ccffpa
COMMANDANT SUPREME

Offline

Joined: 01 Feb 2010
Posts: 7,166
Localisation: 78
intérêt(s) pour la CW: tout !

PostPosted: Wed 9 Nov - 19:32 (2011)    Post subject: l'artillerie dans la CW (front Est) de Manassas à Gettysburg Reply with quote

Le général français Régis de Tobriand ( U.S) observant la scène depuis la crête du cimetière ( Cemetery Ridge) :

«… Les rangs achevèrent de se confondre et ne formèrent plus qu’une masse emportée, où les hommes couraient, roulaient et tombaient pêle-mêle, et dans laquelle le canon ouvrait des rues /…/ Ils vinrent donner d’abord sur deux régiments couverts par un léger mur de pierre. Ils s’élancèrent sur l’obstacle avec impétuosité, culbutant les troupes qui le défendaient, et en quelques bonds de plus furent parmi nos canons /…/ Pendant quelques minutes, on se battit là sur les pièces, à coups de fusils, à coups de baïonnettes, à coups de crosse, à coups de refouloir ; et le sol s’y couvrait littéralement de morts et de blessés... »


Au 3° jour de la bataille, l’artillerie d’Alexander préparant la fameuse charge de Pickett, échoue donc à diminuer radicalement le feu défensif des nordistes. Le tir à distance, pas assez soutenu, trop haut et trop dispersé composé d’obus à fusée à retardement peu fiables et dirigé contre une infanterie qui se terre, parvient seulement à provoquer quelques dégâts difficiles à évaluer et en tout cas, sans effets assez sensibles pour assurer le succès à venir de l’attaque d’infanterie. Et dans l’armée de Meade ? Les Fédéraux avaient « eu chaud » et perdu un grand nombre de valeureux combattants. La fameuse « Iron Brigade », par exemple, avait subi des pertes si désastreuses qu’elle ne serait définitivement plus que l’ombre d’elle-même jusqu’à la fin de la guerre…. L. Van Loan Naisawald n’hésitera pas à affirmer : « sans l’artillerie de Hunt, Gettysburg aurait été sans nul doute une autre victoire confédérée ».

Au terme de cette étude, l’amateur éclairé du conflit considéré par d’aucuns comme la première guerre moderne, devrait – nous semble-t-il- garder à l’esprit une certaine dimension de l’artillerie que nous avons volontairement occultée et que résume parfaitement l’expression « chair à canon ». N’oublions pas que le canon, « le brutal », comme le surnommait les soldats du premier empire, aura été un formidable auxiliaire de la science médicale et singulièrement, de la Chirurgie. Celle-ci lui doit ses progrès foudroyants aux XIX° et XX° siècle, siècles présidant au développement rapide de la guerre industrielle et à celui, proportionnel, du nombre des « gueules cassées » et grands invalides de guerre. Si la cavalerie et les forêts de baïonnettes de l’infanterie représentèrent en quelque sorte les « incisives » et les « canines » des armées placées au contact de l’ennemi, l’artillerie en fut certainement les « molaires », écrasant et broyant les corps entiers ou des parties de l’anatomie d’êtres humains réduits à l’état de charpie. Sans jamais sombrer dans le sordide, la complaisance ou la « pornographie » militaire, des films comme « Glory » ou « The Patriot » consacrent quelques secondes ou demi secondes éprouvantes mais à notre avis indispensables, à cet aspect du champ de bataille. En revanche, rien de tel dans « Gettysburg » où la puissance de l’artillerie semble résider tout entier dans une sorte d’effet de souffle : à peu près celui que produirait l’approche d’une tondeuse à gazon dans un champ envahi de criquets ! Nous avons donc choisi d’épargner aux lecteurs les descriptions hyperréalistes que l’on retrouve par ailleurs dans les récits horrifiques et modernes de certains journalistes (Laurent Joffrin – Les batailles de Napoléon) ou dans certains témoignages de l’époque, tout aussi insoutenables. Nous souhaitions en revanche faire cette mise au point, plus par souci de réalisme historique que dans un élan moralisateur déplacé, pour que la geste épique du canon opposé à l’infanterie martiale et chantante, n’occulte jamais les salves mutilantes du « brutal » sur des cibles individuelles et hurlantes. Cette terrifiante et hideuse réalité du champ de bataille pose d’ailleurs une autre question : celle de la puissance des motivations qui animaient les volontaires bleus et gris des deux camps soumis au feu ravageur de l’artillerie, et notamment, de ceux alignés pour la charge en cet été 1863, selon une technique héritée du XVIII° siècle. Mais ceci est une autre histoire…

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

la bonne cause ? c'est celle pour laquelle on se bat !
Back to top
Display posts from previous:   
Post new topic   Reply to topic    Club Confédéré et Fédéral de France Forum Index -> HISTOIRE -> LES ARTICLES EN LIGNE All times are GMT + 2 Hours
Page 1 of 1

 
Jump to:  
Upload images

Index | Create free forum | Free support forum | Free forums directory | Report a violation | Cookies | Charte | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group