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L'affaire du Virginius

 
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mcshan
Dernier rempart des frontières du Nord
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intérêt(s) pour la CW: Politique et histoire

PostPosted: Tue 7 Dec - 15:23 (2010)    Post subject: L'affaire du Virginius Reply with quote

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En Anglais, l'expression "Unholly Alliance" nous renvoie à une alliance ponctuelle entre deux adversaires afin de battre un ennemi commun. L'année 1873 a failli nous donner un tel exemple lorsqu'une guerre a été envisagée entre les États-Unis et l'Espagne suite à la capture du Virginius (31 octobre 1873) par le navire de guerre espagnol Tornado.



Naviguant frauduleusement sous pavillon américain, le Virginius était un corsaire cubain. Il transportait à son bord des armes destinées aux insurgés cubains. [Le Virginius était un ancien forceur de blocus confédéré. Propriété fédérale, il fut vendu en 1870 à des ressortissants cubains]. Surpris par le Tornado au moment où il tentait un débarquement sur la côte de Cuba, il tenta de fuir. Une fois capturé, le Virginius fut amené au port de Santiago (Cuba). Le capitaine Joseph Fry et les 52 membres d'équipage et passagers furent exécutés après un jugement sommaire. Ces exécutions furent faites contrairement aux ordres de Madrid. Cette histoire enflamma les passions car parmi les victimes, il y avait des hommes d'origines américaine et britannique.

Une crise diplomatique entre les États-Unis et l'Espagne qui contrôlait Cuba s'en suivit. Les Amé-ricains n'acceptaient pas la capture en haute mer et en temps de paix d'un navire muni de papiers réguliers et naviguant sous pavillon des États-Unis. Pour ces derniers, ces actes étaient des violations de la loi internationale et des stipulations des traités. Le gouvernement de Madrid exprima son étonnement de la précipitation avec laquelle ils exigeaient la réparation de torts et d'offenses dont la gravité ne pouvait encore être appréciée. L'attitude de l'ambassadeur des États-Unis à Madrid, le général Daniel Edgar Sickles, n'aidait pas les choses et le Secrétaire d'État, Hamilton Fish, dut prendre le relais. Le 29 novembre 1873, un protocole fut signé entre Fish et l'amiral Jose Polo. Le noeud du problème résidait autour de la nationalité du Virginius. Pour les États-Unis, il était un vaisseau américain tandis que le capitaine général de Cuba, ce n'était pas le cas.

Pendant que l'amiral Polo faisait son enquête pour fournir les informations demandées dans le protocole, le climat de grogne aux États-Unis était attisé par la presse. L'hystérie guerrière balayait le pays pendant que le Président Ulysses S. Grant et le Secrétaire Fish espéraient parvenir à une solution pacifique.

Dans ce contexte explosif, l'armée et la marine se préparaient à toutes éventualités malgré que leurs effectifs avaient subi une cure d'amaigrissement depuis la fin de la guerre de Sécession. W.T. Sherman, dans un rapport au Secrétaire de la guerre W.W. Belknap, indiquait que : "[(...) Les retours officiels les plus récents montrent que 25 535 hommes sont enrôlés dans la cavalerie, l'artillerie et l'infantrie. Il y a 3 970 non-combattants et si on additionne tous les chiffres, on obtient 29 505 ou, 495 hommes de moins que le nombre (30 000) limité par la loi. (...) Ainsi, la force actuelle du service militaire n'excède pas 19 632 hommes. (...)]" (1)

Dès novembre 1873, le mouvement de volontaires prit de l'ampleur. Sherman reçut des offres d'anciens officiers fédéraux et confédérés prêts à reprendre du service. Une des premières lettres qu'il reçut ne passsa pas inaperçue. Et il y a de quoi, ce n'est pas tous les jours qu'un certain... N.B. Forrest offre ses services!! Un échange de lettres entre Forrest et Sherman eut lieu.

Ces lettres apparurent dans la presse nordiste et sudiste en début décembre. Elles furent publiées en premier dans l'édition du 9 décembre 1873 dans le Memphis Daily Appeal. Le New York Times reprit cette histoire dans son édition et publia une lettre quelque peu différente. Afin de nous replonger dans le contexte de l'époque, j'ai pensé traduire ces lettres (2) :

Memphis, Ten., 20 novembre 1873
Gen. W.T. Sherman,
Commandant en Chief, U.S.A.
Washington, D.C.
Cher général : Les télégrammes de Washington et de d'autres sources indiquent que nous risquons d'être impliqués dans une guerre avec l'Espagne. Si c'est le cas, je présume que le siège de la guerre sera à Cuba. Dans l'éventualité où nous serons impliqués et que le gouvernement requiert assistance, je vous propose mes services en tant que volontaire. Je crois que je pourrais enrôler de 1000 à 5000 hommes qui ont servi dans l'armée sudiste pendant la dernière guerre. Dans un court laps de temps, ils pourraient se rejoindre en Nouvelle-Orléans, à Mobile, à Pensacola et à Key West et être intégrés la cavalerie et l'infantrie. Vôtre très respectueusement.
N.B. Forrest


N.B. Forrest, Memphis Tennessee:
Monsieur : Votre lettre du 24 est reçue et je l'ai transmise au Département de la guerre avec cette note : "Référé respectueusement au Secrétaire de la guerre pour classement avec les centaines d'offres qui me sont adressées. J'estime qu'elle mérite une place dans les archives en attendant la suite des événements. Je considère N.B. Forrest comme l'un des hommes les plus extraordinaires développés par notre guerre civile. Si l'éventualité d'une guerre requérait la cavalerie, j'accepterais sans hésitation ses services et je lui donnerais une place importance. Maintenant, je crois qu'il combattrait contre nos ennemis nationaux aussi violemment qu'il l'a fait contre nous et cela veut tout dire.
W.T. Sherman

Je ne crois pas qu'il y aura une guerre car aucun gouvernement la désire. Dans l'éventualité d'une guerre avec l'Espagne relativement à Cuba, le gros des combats se déroulerait en mer. Celui qui commande la mer peut avoir Cuba. Pour l'instant, nous n'avons pas suffisament de cuirassés lourds mais nous pouvons en avoir un certain nombre. Nous avons beaucoup de bons officiers navals et de matelots. Les opérations terrestres se limiteront à un rôle d'occupation. La décision ne me revient pas mais j'ai toutefois transmis votre lettre au Secrétariat de la guerre qui pourra agir après que le Congrès aura déclaré la guerre et pourvu les moyens pour sa poursuite.
W.T. Sherman, général


Le 25 décembre, il y eut un autre article du Memphis Daily Appeal dans le New York Times (3) :
"Le général N.B. Forrest a écrit une lettre à un journal de Memphis le 15 décembre dans laquelle il a dit :
["Depuis les derniers jours, j'ai reçu un grand nombre de lettres de la part d'hommes qui furent des officiers importants et des soldats confédérés. Par mon intermédiaire, ils se sont portés volontaires au Secrétaire de la guerre pour se battre pour le vieux drapeau dans l'éventualité d'une guerre avec l'Espagne. Étant trop occupé pour répondre à leurs lettres individuellement, permettez-moi de dire par le biais de votre journal, que c'est très gratifiant pour moi de voir, de la part d'hommes, qui comme moi, ont combattu contre le vieux drapeau, de les voir disposés à se battre pour lui dans l'éventualité d'une guerre étrangère. Notre guerre civile étant terminée, j'ai porté serment d'allégeance au gouvernement. Si la nation en vient à être impliquée dans une guerre contre une puissance étrangère, je combattrai aussi fort pour elle que je l'ai fait quand je la combattais à l'époque où j'étais un soldat confédéré. Pour ces amis et vieux compagnons d'armes qui m'ont écrit, je voudrais dire que j'espère et je crois, qu'il n'aura pas de guerre, considérant la sage politique adoptée par le distingué soldat qui est maintenant à la tête du gouvernement. Mais si cela devait arriver, laissez-nous montrer notre loyauté au drapeau en nous montrant prêts à repousser toute main portée contre nous."]

Le dernier article concernant l'offre de Forrest est publié le 28 septembre 1874 (4). La lettre de Forrest amena même au général confédéré des bons mots de la part du journal Grenada Republic (Mississippi) pourtant un journal républicain :
"(...) Quand les troubles reliés à la capture du Virginius par les Espagnols ont pris de l'ampleur et amené un petit nuage de guerre dans notre firmament politique, le général Forrest a été parmi les premiers à proposer ses services en cas d'hostilités. Le lieutenant général Sherman a eu le bon sens et l'assurance d'écrire qu'en cas de nécessité, il placerait le général Forrest en haut de la liste d'officiers qui seraient commissionnés dans le service des États-Unis. Le général Sherman connaissait bien son homme. Nous présumons qu'il avait ses yeux sur la carrière civile du général Forrest et sur celles de centaines d'autres officiers confédérés depuis la fin de la guerre. (...)"

Enfin, Sherman fut correct dans sa compréhension des événements. La guerre fut évitée. Le spectacle de le voir avec Forrest combattant du même côté ne s'est jamais matérialisé. L'Espagne retourna le Virginius et paya une indemnité de $80 000 aux familles des sujets américains et britanniques exécutés à Cuba.


Articles du New York Times :

1) "The strength of our army; Report from Gen. Sherman to the Secretary of War", November 30, 1873.

2) "The Volunteer Movement. Correspondance Between Gen. Sherman and N. B. Forrest – Sherman's views on the possible conflit", December 9, 1873.

3) "Forrest on the Flag", December 25, 1873.

4) "A Defense of Forrest", September 28, 1874.


Ouvrages et articles de revue :

Eddy W. Davison, Daniel Foxx, Nathan Bedford Forrest: In Search Of The Enigma, Louisiana, Pelican Publishing, 2007, p. 474.

John F. Marszalek, "I Hereby Tendy You My Services", Civil War Times Illustrated, September/Octobre 1993, pp. 62, 74.

Jack Hurst, Nathan Bedford Forrest. A Biography, New York, Vintage Book, 1994, pp. 360-361,

H. de Bizemont, "L'affaire du Virginius", Revue maritime et coloniale, Tome 43, Paris, 1874,
pp. 754-774.
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